GUERRE D ALGERIEGUERRE D'ALGÉRIE

Une histoire vraie


 

LEUR PÈRE ÉTAIT
UN HÉROS DE
LA RÉVOLUTION

 

Cette page est dédiée à Baghdadi et Houria de la part de leurs enfants Dalila, Jamel et Nabil.

 

 

HISTOIRES VRAIES DE LA GUERRE D'ALGÉRIE

Houria et Baghdadi
 

Houria était une très belle jeune fille de souche kabyle dont les parents habitèrent Bône bien avant la Révolution. Elle eut une bonne éducation, fit des études brillantes, obtint le baccalauréat vers l’année 50.

Elle voulut partir à Alger afin de s’inscrire à la faculté de médecine mais le destin décida autrement. Un jeune infirmier annabi, exerçant dans une clinique se présenta à ses parents et la demanda en mariage. D’abord le père refusa mais lorsqu’il se renseigna sur le jeune homme, il consentit à lui donner sa fille. Houria voulut le voir. On organisa alors une rencontre en famille. La mère et les soeurs du prétendant a l l è r e n t chez la jeune fille où ils prire n t ensemble le café. Houria put scruter à son aise Baghdadi. Il lui plut, elle le t r o u v a beau, intelligent, très éloquent. En effet, ce j e u n e homme avait un physique formidable. Il maîtrisait bien la langue française puisqu’il fit, lui aussi, de bonnes études et son voeu depuis son jeune âge était de devenir docteur. Il disait à ses parents qu’il aimerait sauver des êtres humains, de soigner les plus démunis qui à l’époque était nombreux. Malheureusement, il fut orienté vers la formation d’infirmier. Cette branche, il l’accepta quand même car elle correspondait à ses désirs. Médecins et infirmiers disait-il, ils se complètent. Quand il eut le poste d’infirmer à la clinique qui n’était en réalité qu’un grand cabinet dont une partie fut aménagée en bloc opératoire, il fut très content. Le médecin procédait à des interventions chirurgicales des yeux. Il donnait donc la vue à ceux qui la perdaient mais soignait aussi le nez, la gorge et les oreilles.En fait, il était spécialisé pour soigner les maladies des organes liés à la tête.Aussi Baghdadi trouva ce qu’il cherchait : soigner les blessures, le médecin opérait,le jeune soignant changeait les pansements, faisait des injections, soutenait les malades, les conseillait, les suivait chez eux pour leur donner les soins nécessaires après les interventions chirurgicales que pratiquaient son patron. Il aimait bien son métier et le faisait avec amour. Dans son quartier, il piquaitles voisins alités sans jamais leur demander son dû. Il rendait service à tous ceux qui le lui demandait. C’était un jeune homme exemplaire. Comment connut-il Houria ? Cette demoiselle fréquentait le lycée Pierre et Marie Curie, comme il passait s o u v e n t dans les parages, il l ’ a v a i t remarquée. Aussi, il s’est mis dans la tête qu’un jour,elle sera la compagne de sa vie. Discrètement, il o b t i e n t tous les renseignements sur elle, il a t t e n d i t qu’elle eut son bac, puis parla d’elle à ses parents. Il n’était âgé alors que de vingt-deux ans. Houria en avait dix neuf.Enfin, ils se marièrent selon la religion et les coutumes ancestrales en 1953. Ils habitèrent d’abord habitèrent petit appartement au centre-ville puis quand ils eurent le premier enfant en 1954, ils commencèrent à nier un logement plus vaste. Houria mit de côté son diplôme et se consacra à son foyer.

 A l’époque, rares étaient les femmes qui terminaient leurs études et travaillaient. A quatorze ans, les adolescentes devaient mettre le voile (la malaya) et aidaient leur mère à la maison jusqu’à leur mariage. Cependant, on leur apprenait à broder, à coudre afin de préparer leur trousseau. Parfois, on les mariait très jeunes. Les vieilles d’antan disaient : “ la fille quand elle atteint dix-huit, vingt-ans, il lui faut un homme ou une tombe “. Quand elles avaient plus de vingt ans, les mères commençaient à s’alarmer,la jeune fille devient ainsi un sujet de conversation au sein de ses proches. “Ah : se plaignait telle ou telle maman, ma fille va “ t’bour “, elle va rester comme khalti Aicha qui a vieilli sans jamais se marier. Il faut que je la donne au premier venu “ qu’il soit vieux, borgne, boiteux... quand donc la fille dépasse un certain âge on la mariait contre son gré. Houria faisait l’exception. Elle ne porta jamais le voile, réussit ses études et se maria à temps. Après le premier bébé qui était une fille,  elle eut un garçon en 1955 qui devint la fierté de son père. Ce couple était comblé.Baghdadi mit assez d’argent de côté, acheta un terrain que lui vendit son patron et construisit une jolie villa. En 1958, il déménagea et s’installa dans son nouveau logement. Un an après, naquit encore un garçon dans cette famille. Le père continuait son travail, gagnait bien sa vie. Tout allait pour le mieux, rien ne leur manquait malgré les é v é n evements de l’époque. Epoque où le peuple algérien se battait pour sa liberté. Habitant un quartier de P i e d s -noirs, cette f a m i l l e n ’ a v a i t a u c u n e r e l a t i o n avec les voisins. Ils v i v a i e n t p r e s q u e cachés. Or, Baghdadi qui racontait tout à sa femme, il lui cachait cependant beaucoup de choses. Quand il ne rentrait pas le soir, il lui disait de ne pas s’inquiéter car il veillait des opérés. Des fois, elle ne le voyait pas pendant deux ou trois jours. A chaque fois, il lui expliquait que son travail le retenait. La vérité est que cet infirmier avait d’autres activités en dehors de son travail. Vers l’année 1956, il fut sollicité par les Moudjahidine afin de soigner les blessés de la révolution. Aussi, dès que son patron rentrait chez lui, vers dix-neuf heures, les patriotes venaient avec leurs blessés. Il les gardait toute la nuit, les soignait dans le bloc opératoire attendait qu’ils se remettait et avant le lever le jour, ils repartaient en emportant avec eux des médicaments, des pansements, des désinfectants...

Très souvent, c’était lui qui se rendait au maquis accompagné de guides. Tous se déguisaient et escaladaient le mont de l’Edough dans la nuit noire. Dès qu’il arrivait notre infirmier prodiguait les s o i n s n é c e ssaires aux résistants atteint grave m e n t par balles et il revenait à son b o u l o t avant huit heures du m a t i n . Epuisé par m a n q u e de sommeil et la marche, il accomplissait quand même sa tâche quoti d i e n n e comme il se doit. Pendant plus de cinq ans, il servit son pays, gagnait sa vie et veillait sur sa famille. Il aimait tout ce qu’il faisait et ne se plaignait jamais. Le docteur, son chef, était Français, il le respectait et le payait bien. Quand à Baghadadi, il n’avait jamais failli à sa besogne. Aider ses frères, c’était un devoir pour lui. Son parcours était des plus nobles, personne n’était au courant de sa participation à la Révolution.Tout se déroulait bien pour lui jusqu’au mois de mars 1962, quelques jours avant le cessez-le-feu, il fut assassiné dans le cabinet de son médecin d’une balle à la tempe par l’OAS. Il tomba en héros, laissant derrière lui des enfants en bas âges, une femme et sa famille qui l’adorait. Pour Houria, il lui semblait que la vie s’arrêtait subitement pour elle et pour ses enfants. Elle n’apprit qu’à la fin de la guerre que son mari était résistant mais les circonstances de sa mort restèrent inconnus. Elle porta longtemps le deuil. Néanmoins il fallait qu’elle prenne les choses en mains. Un an après le décès de son mari, elle bénéficia d’une pension de chahid pour elle et ses enfants. Ensuite, grâce à son diplôme elle eut un poste de responsable dans la nouvelle administration algérienne. Après la libération du pays, les tabous furent brisés pour la femme qui se distingua d’abord par sa participation à la guerre, ensuite elle contribua à la construction du pays tout comme l’homme. Elle s’imposa dans le domaine de la santé, de l’éducation, du cinéma, du théâtre... Houria se battit seule contre tous les préjugés. Elle éduqua ses enfants, leur inculqua les valeurs morales, les guida jusqu’à leur réussite. Aujourd’hui l’un des fils du chahid est médecin, l’autre est ingénieur exerçant à l’étranger, leur soeur enseigne les lettres françaises dans un lycée. Tous sont mariés et ont des enfants. Leur mère qui est âgée maintenant de soixante et onze ans est très entourée par ses enfants et ses petits enfants. De temps à autre, lors des fêtes religieuses, elle leur raconte, raconte sa vie d’autrefois et n’arrête pas de leur dire que leur père était un héros dela Révolution, un martyr parmi le million et demi qui se sont sacrifiés pour que vive notre pays libre et indépendant et qu’il ne faut jamais les oublier.
 

YASMINA DEHIMI

L’EST RÉPUBLICAIN ANNABA
MARDI 15 MARS 2005
HISTOIRES VRAIES

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